Introduction à la randonnée dans le Mercantour
Fin octobre, les montagnes du Mercantour s’embrasent de couleurs flamboyantes. Les mélèzes virent à l’ocre et au rouge profond, les lacs alpins reflètent le ciel clair et les rochers prennent des teintes presque irréelles sous la lumière basse du soleil. Nos esprits s’embraisent ! C’est dans ce décor que nous avons choisi de marcher, respirer et nous perdre volontairement pour deux jours de randonnée dans la Vallée des Merveilles.
32 kilomètres, 1650 mètres de dénivelé positif, 1650 mètres de dénivelé négatif, des lacs suspendus comme des joyaux, des gravures rupestres millénaires, le vent frais sur le visage… deux jours pour sentir la montagne vibrer sous nos pas et partager un moment unique avec nos amis italiens de la Val Pellice.
Premier jour – 25 octobre 2025 : lacs, couleurs et refuge
Itinéraire : Saint-Dalmas de Tende à Castérino
Le matin se lève à peine lorsque nous nous retrouvons à Saint-Dalmas de Tende (≈930 m). Nos amis italiens sont déjà là : un café chaud en main et la joie des retrouvailles réchauffent instantanément l’air plus que frais. Les premières lueurs du soleil illuminent les cimes, créant un contraste saisissant avec la brume légère encore accrochée aux vallons.
Nous partons vers Castérino (1600 m), dépassant le village de quelques kilomètres pour garer les voitures et entamer notre périple, boostés par l’air vif qui pique nos joues. Le ciel est bleu, dégagé et lumineux : une journée exceptionnelle s’annonce.
Lac des Grenouilles : un tableau automnal
Le sentier serpente entre mélèzes et rochers, s’élevant doucement vers le Lac des Grenouilles (2027 m). L’eau immobile reflète les sommets et les arbres en feu, dans des nuances de rouge, d’orange et d’or. Les couleurs d’automne explosent autour de nous, et lui, le lac, les multiplie, calme et paisible.
Fontanalba et la boucle sacrée
Après le Lac des Grenouilles, nous poursuivons vers le refuge de Fontanalba (2018 m), un lieu chargé d’histoire, mais malheureusement fermé lors de notre passage… Faute de café, c’est l’essence du lieu qui nous réconforte: la Vallée de Fontanalba a en effet été fréquentée dès le Néolithique, et les gravures rupestres témoignent des échanges entre tribus et des rites pratiqués il y a plusieurs millénaires.
De là, nous entamons la boucle sacrée, dont le nom est déjà un programme: nous nous engageons sur la Voie Sacrée, sentier jadis utilisé par les populations montagnardes et aujourd’hui arpenté par les baroudeurs, comme nous! Sacrée Voie, elle nous dévoile d’abord Lacs Jumeaux (≈2150 m), miroirs parfaits de l’automne, ensuite elle nous fait cadeau du Lac Vert (2194 m), éclatant sous le soleil, presque irréel tant il contraste avec les rochers environnants.
En marche depuis pas longtemps, nous avons déjà vu plusieurs lacs et nous sommes loin d’imaginer tous ceux qui nous attendent encore! Nous sommes à la bonne place, au bon moment, et en très bonne compagnie : on célèbre tout ça avec un pique nique au bord des eaux qui scintillent de mille paillettes.
Refuge des Merveilles : coucher de soleil et convivialité
Le soleil décline doucement, mais la température descend très vite. Nous arrêtons notre contemplation, il est temps de se remettre en marche vers le refuge. Avant d’y arriver, nous longeons le dernier lac de la journée, le Lac Long Supérieur (2270 m), puis descendons légèrement jusqu’au refuge des Merveilles (2111 m). Les rochers ont perdu leurs couleurs chaudes, qui s’accrochent aux derniers sommets avant de laisser la place aux tonalités sombres de la nuit. Le vent se lève, des sifflements surgissent partout et nulle part : la montagne, la vraie, annonce sa grandeur et sa puissance.
Le refuge est plein à craquer; quelques familles, des enfants et beaucoup de jeunes randonneurs fêtards. L’ambiance est conviviale et chaleureuse et elle réchauffe la pièce qui malheureusement ne donne pas trop envie de se déshabiller. L’apéritif partagé permet de raconter nos impressions, d’échanger sur les moments forts de la journée. Pendant le dîner les discours se mêlent, des anniversaires, des retrouvailles, des défis sportifs, on partage tout. La soirée s’étend au rythme des digestifs et des chansons, mais il faut être (quand même) judicieux : les kilomètres qui nous restent à faire vont être très longs si on ne dort pas, donc au lit!
Le partage continue : les peu de degrés présents dans le dortoir, les ronflements, les réveils…
Second jour : gravures, lacs et panoramas
Découverte des gravures rupestres
Le réveil est frais. Le givre recouvre les pierres et les branches, et l’air vif nous réveille immédiatement. Le ciel est d’un bleu limpide et pur, offrant un panorama net et spectaculaire. La montée vers le Mont Bégo (2872 m) est tentante, mais certaines zones sont glacées, et la prudence l’emporte. Nous décidons de suivre la Vallée des Merveilles, pleine de trésors naturels et historiques.
Dans le cœur archéologique, nous découvrons les gravures rupestres et les silhouettes du Sorcier,de l’ Homme aux Bras Levés, du Chef de Tribu, du Bouclier Ovale et du Chasseur au poignard. Chaque gravure nous relie aux hommes et femmes d’autrefois, partageant avec nous le silence et la grandeur de la montagne.
Encart historique : Gravures et peintures de la Vallée des Merveilles
La Vallée des Merveilles est célèbre pour ses gravures rupestres et peintures préhistoriques, véritables témoins de la vie des hommes et des cultures montagnardes depuis plus de 4 000 ans.
- Période : La majorité des gravures datent de l’Âge du Bronze (≈1800–1200 av. J.-C.), mais certaines pourraient remonter au Néolithique.
- Nombre et répartition : Plus de 35 000 gravures, sur les rochers de la vallée et ses affluents.
- Symboles : Animaux, armes, figures humaines et formes géométriques.
- Fonctions : Rituels, chasse, marquage de territoire et symbolique culturelle.
- Protection et découverte : Parc National du Mercantour, explorations scientifiques depuis le XIXᵉ siècle.
Les lacs alpins et panoramas
Nous atteignons ensuite le Lac des Merveilles (2220 m), majestueux et paisible. Le vent joue sur la surface de l’eau, créant de subtiles ondulations et faisant scintiller les rochers alentour.
La montée vers la Baisse de Valmasque (2549 m) est exigeante mais offre un panorama exceptionnel sur la vallée et les crêtes environnantes. Des chamois apparaissent furtivement sur les rochers et étonnement, ils ne partent pas ; on se regarde, nous , surexités, avec jumelles et appareils photos, eux, calmes, avec leur vue exceptionnelle
La descente nous conduit au Lac du Basto (2350 m), pour un pique-nique sur l’herbe, avec les yeux qui s’emplissent de la beauté du lac.
On n’imaginait pas de trouver autant de lacs et de barrages ! En reprenant le chemin, voilà encore Lac Noir (2330 m) et le Lac Vert (2230 m), chacun avec sa lumière, son reflet et son ambiance unique. Et enfin, nous restons bouche bée : le refuge de Valmasque apparaît au bord du lac, magnifique, presque féerique. Pas besoin de négocier ou d’insister, on est tous d’accord: on reviendra passer une nuit ici ! La descente finale est simple: nous traversons cascades, clairières et mélèzes flamboyants, l’esprit léger, vagabond.
Conclusion : souvenirs et émerveillement dans la Vallée des Merveilles
Deux jours intenses, 32 km, 1650 m D+ et D–, mais surtout deux jours de beauté, de sérénité et de complicité. Les couleurs d’automne, les lacs, le vent et les gravures ont créé des souvenirs profonds et vivants.
Un des moments les plus heureux a été d’avoir été la rencontre de nos amis italiens de la Val Pellice. Marcher, contempler et découvrir ensemble ces paysages pour la première fois, partager ces instants de silence et d’émerveillement, c’était une véritable découverte pour nous quatre. La randonnée s’est transformée en aventure humaine autant que naturelle, où chaque sourire et chaque regard partagé amplifiaient la magie des lieux.
Le souvenir de cette vallée nous laisse déjà l’envie de revenir, peut-être en bivouac, pour prolonger encore la magie de cette randonnée, peut-être avec nos amis plongeurs qui nous avaient accompagnés dans le Verdon. Nous terminons par une nuit à Saint-Dalmas, puis un détour par Bordighera et Vintimille, histoire de prolonger l’émerveillement avant de rentrer à la maison. Cette petite aventure a chamboulé nos habitudes. Pas de bière, on est encore en Italie : pizza et spritz, ça fait vacances!
FAQ – Randonnée dans la Vallée des Merveilles
Distance et dénivelé
La boucle fait 32 km sur 2 jours, avec 1650 m de dénivelé positif et négatif, idéale pour les randonneurs habitués aux sentiers alpins.
Niveau de difficulté
Moyen à difficile : il faut être à l’aise sur des sentiers de montagne et prévoir une bonne condition physique. Mais la beauté des lacs et panoramas vaut chaque effort !
Hébergement
Nuit au Refuge des Merveilles, un lieu chaleureux et confortable au cœur de la vallée. Possibilité également de bivouaquer pour les plus aventuriers.
Pour ceux qui préfèrent un confort hôtelier, vous pouvez séjourner à l’Hôtel Le Prieuré à Saint-Dalmas de Tende, idéal pour se reposer avant ou après la randonnée.
Galerie photos
Oui ! Retrouvez notre galerie photographique pour revivre la randonnée, les lacs, les gravures et les panoramas automnaux. Voir la galerie
Observation des gravures rupestres
Oui, elles sont protégées et accessibles via des panneaux explicatifs. Les figures les plus célèbres incluent le Sorcier, le Chasseur au poignard et le Bouclier ovale.
Musée de la Vallée des Merveilles
Pour en savoir plus sur l’histoire, les gravures rupestres et les peintures préhistoriques, vous pouvez visiter le Musée de la Vallée des Merveilles, qui présente les collections de façon détaillée et interactive, et explique la signification des symboles et rituels anciens. Visiter le musée
Rencontre avec la faune
Oui ! Des chamois, marmottes et oiseaux de montagne se laissent parfois observer, surtout tôt le matin ou en fin de journée.
