En avant : Direction les gorges du Verdon
Après plusieurs semaines à guetter la météo, enfin, le vendredi, un créneau s’ouvre pour notre week-end. Cette fois, on part à 4, deux amis de plongée sortent des abîmes et nous accompagnent. Le réveil sonne à 5h du matin. L’heure où même la machine à café hésite à faire son boulot. Mais l’excitation est plus forte que la fatigue : direction le Verdon ! Deux heures de route, entre un lever de soleil spectaculaire et une brume décourageante, et, enfin on arrive au chalet de la Maline pour un Espresso rapide avant le début de la randonnée en boucle du jour.
Jour 1 : l’Imbut, le Styx, la montée du Vidal, le GR99 et le sentier des Cavaliers
Dès le départ, on entame une longue descente depuis le chalet de la Maline vers la passerelle de l’Estellier. Le chemin descend en lacets serrés… très serrés. Et nous, nous serrons nos dents à la seule idée qu’il faudra les remonter, en fin de rando.
On sent vite que le Verdon ne plaisante pas : ici, même les cailloux semblent faire de l’escalade. Ce pont métallique suspendu au-dessus du Verdon offre une vue spectaculaire sur les gorges environnantes. Après l’avoir traversé, le sentier de l’Imbut commence vraiment, nous plongeant au cœur du canyon.
Zoom historique sur la Passerelle de l’Estellier
La Passerelle de l’Estellier est une structure métallique en arc, longue de 45 mètres, inaugurée en 2004. Elle remplace une passerelle antérieure emportée par la crue centennale du 5 novembre 1994. Sa construction a débuté en 1999 et a nécessité l’assemblage des éléments sur place, transportés par hélicoptère en raison de l’inaccessibilité du site. Elle relie le sentier de l’Imbut (GR99 côté Var) au sentier Martel (GR4 côté Alpes-de-Haute-Provence), facilitant ainsi les traversées entre les deux rives du canyon.
Les parois deviennent imposantes, et on entend le grondement du Verdon au fond. La lumière d’octobre traverse les feuillages, les couleurs explosent : ocres, verts profonds, reflets bleus dans la rivière. On avance vite, à bon rythme, dans ce décor incroyable. Le terrain devient plus technique, avec des passages aériens impressionnants, mais on gère.
Puis, on arrive au Styx, ce petit canyon secret dans le canyon, où la rivière s’engouffre dans une gorge étroite. Le nom n’est pas vraiment captivant, il faut avouer qu’il annonce bien le côté obscur et tumultueux du lieu,presque irréel.
Zoom sur le Styx
Le Styx est une section étroite et profonde du Verdon, surnommée ainsi en référence au fleuve mythologique. Ici, l’eau s’engouffre dans une gorge resserrée, bordée de parois abruptes et lisses. Ce passage offre un décor presque surnaturel, avec ses teintes bleues profondes et ses rochers polis par le temps.
Et puis, coup de chance : un chamois apparaît à moins de 20 mètres de nous, tranquille, presque curieux. Il grimpe sur une vire au-dessus de nous, en silence. Personne ne passe par ce chemin, il est peut être content de rencontrer des gens? En continuant, nous tombons sur un cade millénaire — ce genévrier impressionnant, noueux, qui semble avoir traversé les siècles. On ne le touche pas, mais on prend le temps de l’admirer, comme un vieux sage.
Quelques pas encore, et nous voici sur la plage du Baou Beni, une petite étendue de galets au bord de la rivière, nichée entre deux falaises. C’est ici qu’on fait notre pause déjeuner. Pas question de mettre un pied dans l’eau glaciale d’octobre ni de faire une sieste, mais on profite du calme, on savoure le moment. C’est ici que nous rencontrons le seul randonneur croisé dans la journée, téméraire ou fou, comme nous!
L’après-midi, c’est le moment que j’attendais avec le plus d’excitation : la montée du Vidal.
Histoire de la montée du Vidal
La montée du Vidal, aménagée entre 1927 et 1934, porte le nom de Paul Vidal, un pionnier de l’exploration des Gorges du Verdon et ingénieur ayant participé aux travaux hydrologiques du début du XXe siècle. À l’origine un passage naturel difficile, ce sentier a été sécurisé avec des échelles métalliques, des marches taillées dans la roche et des câbles en guise de mains courantes, facilitant l’accès aux hauteurs vertigineuses des gorges. Cette montée comporte un dénivelé important (400 mètres sur environ 1 km) et son usage technique en fait un passage emblématique du canyon. Probablement utilisée comme voie de secours pour secourir les ouvriers accidentés, elle symbolise encore aujourd’hui l’audace et la passion des premiers explorateurs.
Dès les premiers mètres de la montée du Vidal, le sentier devient raide et technique. On s’accroche aux câbles comme à nos bonnes résolutions de janvier. Sauf que là, si on lâche, ce n’est pas juste la motivation qui part en vrille. On rencontre plusieurs échelles métalliques bien sécurisées, ainsi que des mains courantes en métal qui facilitent la progression sur des passages vertigineux. Il faut poser les mains, lever les genoux, gérer le vide, mais chaque effort est récompensé par des panoramas à couper le souffle qui est déjà assez court.
Une fois sur le plateau, l’ambiance change du tout au tout. Le calme, l’espace, la lumière… On frôle la zénitude totale, façon séance de yoga en chaussures de rando. Sans les postures acrobatiques, mais avec les cuisses qui tremblent. On se détend un peu, appréciant la douceur de l’air d’octobre. En approchant de la bifurcation vers le sentier des Cavaliers, on espérait bien se poser un instant à l’Auberge des Cavaliers pour notre récompense préférée, mais non, l’auberge est fermée en cette saison. On reprend alors la descente par le sentier des Cavaliers, réputé pour son caractère aérien et ses vues spectaculaires. Ce sentier taillé dans la roche, suspendu au-dessus du Verdon, demande concentration et assurance, et en échange donne de magnifiques points de vue.
Pour conclure cette boucle, nous traversons à nouveau, mais dans le sens opposé, la Passerelle de l’Estellier. C’est là que la dernière étape s’annonce: la longue montée finale vers le chalet de la Maline. Après une journée pleine de sensations fortes, nous avions oublié la montée qui nous attendait… Pire que le Styx! Pas de choix, si on veut atteindre notre destination finale et les réjouissances qu’elle nous promet.
Arrivés au chalet, une bière en terrasse, les yeux partout, la sensation d’être là où nous voulions être. La bière aidant, on oublie presque qu’il faut encore monter les tentes. Un dernier effort qui se transforme en rigolade avant de profiter de l’ambiance paisible et du délicieux repas du chalet.
Le festin et la rigolade : une soirée au top après l’effort
Après le pastis de l’apéro, on se régale d’une pizza en entrée, suivie d’un écrasé de pommes de terre accompagné de saucisse — du vrai fait maison qui réchauffe l’âme et les corps fatigués. Chapeau, ils ont aussi prévu un plat végétarien super bon. En dessert, une panna cotta aux fruits rouges vient clore ce festin comme il se doit, avec douceur et fraîcheur. Le tout arrosé de rosé bien mérité, parce que, soyons honnêtes, on l’a bien mérité.
La soirée continue autour d’une partie endiablée du jeu de cartes « Le 6 qui prend ! », où les rires éclatent autant que les cartes se posent — et parfois, c’est surtout parce qu’on rate une carte et qu’on finit avec une pile de têtes de bœuf sur les mains. Les discussions vont bon train, les blagues fusent, et le temps file plus vite que nos talents dans le jeu. Quand vient l’heure d’aller aux tentes, on allume la frontale — façon festival de lucioles pas très coordonnées — pour ne pas se prendre les pieds dans le noir. On se glisse alors dans les sacs de couchage, bercés par la fatigue, les rires et les souvenirs de cette journée sensationnelle.
Jour 2 : Blanc-Martel express et tunnels d’histoire
Le vent a soufflé toute la nuit sur nos tentes, jouant avec la toile comme un gamin avec un cerf-volant mal maîtrisé. Malgré les bourrasques, on a tous dormi d’une traite — ou presque. Rien n’a entamé notre sommeil réparateur — à part peut-être la fermeture éclair de sac de couchage qui coince à 3h du matin…
Le réveil est un peu flou, mais le petit déjeuner vient vite remettre les idées en place : café fumant, tartines croustillantes, et bonne dose de rigolade. L’énergie revient, et avec elle, l’envie d’en découdre avec une nouvelle journée de rando. Avant de commencer, mission logistique : on dépose un des deux véhicules au Point Sublime, notre point d’arrivée du jour. Vue imprenable, nom qui fait rêver — on a hâte d’y revenir à pied. De retour au chalet de la Maline, sacs bouclés, chaussures lacées, c’est parti pour l’un des plus beaux classiques du Verdon : le sentier Blanc-Martel. Une légende à lui tout seul.
Inauguré en 1928, le sentier Blanc-Martel doit son nom à deux pionniers de l’exploration des Gorges : le géographe Édouard-Alfred Martel et l’ingénieur Isidore Blanc. C’est le plus célèbre itinéraire de randonnée du Verdon reliant le chalet de la Maline au Point Sublime. Taillé à flanc de falaise, ponctué de tunnels, d’escaliers métalliques et de points de vue vertigineux, il offre une immersion totale au cœur du canyon. Le parcours suit en grande partie le lit du Verdon, révélant ses paysages les plus spectaculaires.
La descente vers le Verdon commence tranquillement jusqu’au moment, survenu trop tôt , où des troupeaux de randonneurs piétinent sur ce chemin qu’on aurait voulu désert. Le flot, ou fléau, avance comme la ligne 13 à l’heure de pointe. Alors on active le mode « métro parisien » : on se faufile, on double, on glisse entre les groupes comme des pros de la rame bondée, tout ça pour tenter de retrouver un petit bout de sentier juste pour nous.
Un groupe de retraités en gilets fluo, une classe verte trop bruyante, un couple qui débat à voix haute sur la cuisson des œufs durs… On double tout le monde avec des “bonjour” polis mais déterminés, le regard fixé droit devant, comme s’il y avait des places assises à conquérir. Et puis, enfin, la paix : le silence, la nature, le son du Verdon… et nos souffles qui reviennent peu à peu.
Nous déjeunons à la Mescla, là où les eaux du Verdon et de l’Artuby se rejoignent dans un tumulte fascinant. L’endroit est parfait pour notre banquet frugal, avec le bruit de la rivière en bande son. Et dans l’eau translucide, de superbes truites (visiblement en surpoids) nagent paisiblement, comme si elles étaient les vraies maîtresses des lieux.
Ensuite, le sentier reprend, longeant des falaises vertigineuses et traversant la célèbre brèche Imbert, un passage naturel spectaculaire taillé dans la roche, qui fait battre le cœur un peu plus vite. On attaque alors la descente des mythiques escaliers de la brèche Imbert : 274 marches métalliques suspendues au-dessus du vide, sur un dénivelé d’environ 100 mètres, avec vue directe sur le canyon. Un grand huit vertical pour les cuisses et les mollets ! Ces escaliers ont été créés en 1920 par Iwan Imbert, puis modernisés lors de travaux en 2012 pour garantir la sécurité des randonneurs. En descendant, on s’imagine un instant dans un film d’aventure — sauf qu’ici, pas d’effets spéciaux : tout est réel, et bien pentu.
Le sentier continue ensuite en longeant les tunnels du couloir Samson, creusés entre 1905 et 1912 dans la roche calcaire pour faciliter l’accès et la traversée des gorges. Ces galeries impressionnantes, d’une longueur totale d’environ 1 km, ont été réalisées à la main, dans des conditions souvent difficiles, illustrant le courage et la détermination des ouvriers de l’époque.
En longeant ces tunnels, on marche à flanc de falaise, souvent suspendu au-dessus des eaux tumultueuses du Verdon qui ruisselle en contrebas, offrant un spectacle à la fois grandiose et impressionnant. Ces tunnels restent aujourd’hui un passage emblématique du sentier Blanc-Martel, mêlant histoire, aventure et beauté naturelle.
Après avoir traversé les tunnels du couloir Samson, le sentier s’élargit doucement et nous mène vers le fameux Point Sublime, notre destination du jour. Le panorama qui s’offre à nous est à la hauteur de la réputation : des falaises vertigineuses, un Verdon sinueux qui semble tracer sa propre voie vers l’infini, et ce ciel d’octobre d’un bleu profond qui donne presque envie de planter une tente ici pour la nuit… Enfin, presque, parce qu’on a déjà donné avec la nuit venteuse d’hier !
On s’installe quelques instants pour admirer la vue, reprendre son souffle, et savourer ce moment où la nature déploie tout son spectacle. La randonnée touche à sa fin, mais l’impression d’avoir vécu une vraie aventure reste bien présente. Le sentier Blanc-Martel, avec ses défis, ses paysages époustouflants, et ses histoires gravées dans la pierre, nous aura offert une journée mémorable.
Conclusions
Après avoir combattu les escaliers du Vidal, dompté le sentier Blanc-Martel, frôlé la crise de nerfs dans les tunnels de Samson et survécu à la nuit venteuse, il est temps de plier bagage. Oui, plier les tentes, ranger le matos, et se dire que nos jambes ont signé un pacte secret pour ne plus nous obéir demain. On trinque à notre manière, avec un dernier regard complice vers ces paysages qui nous ont donné du fil à retordre — et du bonheur en prime. Puis, on enfourche la voiture pour deux heures de route, où les conversations tourneront inévitablement autour de cette folle escapade. Le Verdon, c’est un peu comme ce pote un peu fou qu’on ne veut jamais vraiment quitter — parce qu’il vous surprend, vous secoue et vous laisse des souvenirs qui collent aux baskets. On repart fatigués, mais ravis, déjà impatients de remettre ça.
Prochaine étape ? On réfléchit… mais pas trop vite, histoire de laisser les jambes récupérer un peu !
❓ FAQ – Week-end randonnée dans les Gorges du Verdon
🥾 Quelle est la meilleure période pour randonner dans les Gorges du Verdon ?
Le printemps 🌸 (avril à juin) et l’automne 🍂 (septembre à octobre) sont les saisons idéales : températures agréables, paysages colorés et moins de monde sur les sentiers. En été, la chaleur et la foule peuvent rendre la marche plus difficile.
⏰ Combien de temps prévoir pour un week-end de randonnée au Verdon ?
Un week-end complet de 2 jours permet déjà de découvrir les classiques comme le sentier Blanc-Martel ou l’Imbut. Pour explorer à ton rythme et profiter des panoramas, prévois 1 jour par grand itinéraire.
🧗 Le sentier de l’Imbut ou le Blanc-Martel : lequel choisir ?
Les deux ! 😍
L’Imbut : plus sauvage, plus technique, parfait pour les amateurs de sensations et de passages aériens.
Le Blanc-Martel : le plus emblématique, panoramas à couper le souffle et tunnels historiques.
Pour un week-end complet, l’idéal est de combiner les deux itinéraires.
🍕 Où dormir et manger pendant un week-end dans le Verdon ?
Le chalet de la Maline est une excellente base 🏡 : accueil chaleureux, cuisine maison, ambiance conviviale.
Sinon, plusieurs campings et gîtes se trouvent à proximité de La Palud-sur-Verdon, pour tous les budgets.
🚗 Faut-il une voiture pour explorer les Gorges du Verdon ?
Oui 🚙, c’est quasi indispensable ! Les sentiers de départ (La Maline, Point Sublime, etc.) sont éloignés les uns des autres.
Astuce : dépose une voiture à ton point d’arrivée avant la rando, pour éviter le casse-tête du retour. Renseigne toi pour les navettes en saison.
🐐 Y a-t-il des animaux sauvages dans les Gorges du Verdon ?
Oui, et c’est magique 🦅 : tu peux croiser des chamois, vautours fauves, aigles royaux ou encore des genévriers millénaires. Ils font partie du charme brut du Verdon, alors garde tes distances et profite du spectacle.
💧 Peut-on se baigner dans le Verdon ?
Oui, mais avec prudence 🏊♀️ ! L’eau est glaciale, surtout en automne.
Les plages du Baou Beni ou du Pont de Galetas offrent de jolis spots, mais vérifie toujours les conditions et les zones autorisées avant de plonger.
📸 Où voir les photos de ce week-end dans le Verdon ?
Retrouve toutes les images de ce week-end inoubliable — panoramas, moments de rando et instants de détente — dans notre galerie photo dédiée ici 🌄
