Cap sur le toit du Var
Une nouvelle fois, le réveil sonne bien avant l’aube. Dans la pénombre silencieuse de la maison, les sacs sont chargés avec méthode : tente légère, duvet compact, popote, filtre à eau… Chaque gramme compte, car l’autonomie sera totale. On prend la route à travers les vallées encore plongées dans l’ombre, direction Bargème, point de départ de notre itinérance vers le sommet du Var.
C’est notre deuxième aventure en bivouac. La première, dans les gorges de Trévans, avait laissé une empreinte forte : une nuit sous les étoiles, dans un décor sauvage, et cette sensation rare d’être seuls au monde. Depuis ce jour-là, une idée nous trottait en tête : repartir. Explorer d’autres horizons, gagner en altitude, retrouver cette parenthèse de silence et de dépouillement. Nous avons survécu — oui, survécu ! — malgré les ronflements en solo (rien à voir avec le fameux “Grosso Orso” italien), ce qui est déjà une victoire en soi.
Perché à 1 097 mètres d’altitude, Bargème est un petit bijou médiéval, le plus haut village du département. Classé parmi les Plus Beaux Villages de France, il surplombe la vallée de l’Artuby, entouré d’une nature sauvage et préservée. Les ruines du château des Sabran de Pontevès, vestiges du XIIIe siècle, dominent encore fièrement les toits en tuiles. Une atmosphère hors du temps flotte dans ses ruelles. Mais l’appel du sentier est plus fort. Le sac est sanglé. Le souffle est calme. L’aventure peut commencer.
Jour 1 – Itinéraire de randonnée : de Bargème à La Bastide par le Petit Brouis
Nous quittons Bargème sans nous attarder dans ses ruelles médiévales. À peine sortis du village, un sentier s’élève doucement à travers une végétation clairsemée. L’air est encore frais, les sacs bien chargés — on était prêts à gravir l’Everest, mais la vérité est qu’on allait juste faire une belle balade.
Très vite, nous délaissons le chemin principal pour bifurquer vers le sud, en direction des pentes du Petit Brouis. La garrigue s’impose peu à peu : genêts, chênes kermès et lavandes sèches bordent la trace, qui se fait moins nette. Mais notre présence n’est pas vraiment appréciée : un bruit qui pèse anticipe l’apparition d’un énorme rapace qui, tout seul, doit faire le poids de nos sacs! Encore hésitants et incrédules, nous attaquons un pierrier raide, très raide, qui met à dure épreuve nos pas. On oublie la vitesse, l’élégance et l’envie de parler jusqu’à l’arrivée sur le plateau sommital et là, enfin, on souffle. Encore quelques mètres de dénivelé, et nous atteignons le sommet du Petit Brouis.
Là-haut, le panorama vaut l’effort. Le regard porte loin sur la région : au nord, les hauts plateaux du Verdon ; à l’est, les contreforts du Mont Lachens que nous atteindrons en fin de journée ; et au sud, la silhouette douce du Mont Vial et les lignes lointaines de l’Esterel à travers la brume. Par temps clair, on aperçoit même les massifs enneigés du Mercantour à l’horizon. Dommage, ce n’est pas pour aujourd’hui.
Depuis le sommet, nous poursuivons hors sentier, en longeant la crête, à l’aide de quelques cairns discrets qui ponctuent le terrain. L’itinéraire est incertain mais lisible : alternance de lapiaz, de zones herbeuses et de sous-bois épineux, où les branches accrochent les sacs et griffent les bras et les jambes. L’ambiance est sauvage, silencieuse.
Nous cherchons un moment l’accès au sommet du Grand Brouis, sans succès. Visiblement, ce sommet n’est pas livré en kit comme un meuble Ikea : impossible de trouver la bonne notice ! Nous choisissons alors de continuer notre progression vers La Bastide, que nous atteignons par une descente régulière entre les bois et les pâturages.
Ainsi s’achève la première étape de cette journée, entre solitude minérale, senteurs provençales et exploration hors des sentiers battus.
Montée vers le Mont Lachens : randonnée sauvage et panoramas grandioses
Après la descente de la montagne de Brouis, nous arrivons enfin au village de La Bastide. Notre sixième sens nous guide directement vers le site incontournable: le bar. Le personnel est si gentil, que nous n’avons pas le courage de boire une seule bière ; pour leur faire plaisir, on doit en prendre une deuxième. C’est aussi l’occasion unique de recharger nos réserves d’eau, essentielle avant la montée vers le Mont Lachens, car aucun point d’eau ne se trouve plus sur notre chemin.
Reboostés, nous reprenons la route. Très vite, nous faisons un premier arrêt au rocher de Sainte-Madeleine, un piton escarpé accroché au versant occidental du Mont Lachens, d’où la vue s’étend sur les vallées environnantes.
Un spectacle grandiose nous attend : arrivés aux crêtes nous sommes sur un véritable balcon sur les montagnes environnantes. Nous déposons nos sacs pour gagner la table d’orientation, située à proximité de l’ancien guichet de la station de ski de Varneige, qui fonctionna brièvement dans les années 1960. Depuis cet emplacement, la vue s’étend à 360 degrés : aux alentours, les sommets du Mercantour se détachent nettement, tandis qu’à l’horizon, par temps clair, on aperçoit les îles de Lérins qui flottent sur la Méditerranée.
Nous profitons longuement du paysage, fascinés par le vol majestueux des vautours qui planent au-dessus des falaises — ces VIP du ciel qui n’ont pas besoin de GPS pour trouver leur chemin. Le dîner lyophilisé, ce chef-d’œuvre culinaire façon « nourriture de l’espace », se savoure lentement, tandis que le soleil tire sa révérence. La lune, déjà montée sur scène, éclaire doucement la vallée endormie, promettant une nuit claire…
Jour 2 – Lever de soleil au sommet du Var et retour à Bargème
Le jour se lève doucement. Le réveil est matinal, mais rien ne presse. Depuis notre bivouac, les premières lueurs de l’aube teintent les crêtes d’un rose pâle, et la lumière s’étire lentement sur les montagnes. Nous sortons de la tente emmitouflés dans nos doudounes, le regard tourné vers l’est. Le soleil sort de la mer : après un pareil réveil, nous savons que la journée va être spéciale.
Le réchaud chauffe l’eau : café, thé brûlant, et ce riz au lait que l’on garde pour les matins particuliers. On pense à la cafetière Bialetti qui, malheureusement, est restée bien sagement à la maison, privée de ses aventures italiennes, tandis que le charme italien est à mes côtés, fidèle et moqueur.
Une fois le petit-déjeuner terminé, nous replions lentement notre campement. Les sacs se reforment, au rythme calme d’un matin sans contrainte. Puis vient le moment de repartir, légers, régénérés.
La montée vers le sommet du Mont Lachens est brève mais symbolique. En quelques foulées, nous atteignons le point culminant du Var. Là-haut, deux tables d’orientation trônent sur la plateforme. Nous faisons le tour, le regard porté loin sur l’horizon. À l’est, se dessinent le Coudon et la silhouette imposante de la Sainte-Baume qui nous rappelle un autre moment au paradis (article à lire ou relire). Plus près, le Cap Roux se détache avec ses falaises rouges (article), complétant ce tableau méditerranéen à couper le souffle. Cannes scintille au loin. Pas d’île de Beauté en vue mais quelle surprise au Nord nous apercevons notre si cher Monviso !!!! (article de nos deux jours).
Sentiers sauvages et villages perchés
Le retour se fait par une succession de larges lacets de piste, faciles à suivre, entrecoupés de petits chemins cachés que nous empruntons pour profiter d’un peu d’ombre et d’un contact plus intime avec la nature. Ces sentiers discrets serpentent sous la garrigue et à travers les bosquets, offrant des points de vue inattendus. Après cette descente variée, nous rejoignons la route d’accès au village de La Bastide. L’itinéraire, bien que plus classique, offre une dernière occasion de savourer l’ambiance paisible de ces hauteurs avant d’achever notre parcours.
Avec surprise, nous ne suivons pas la route classique, mais empruntons un chemin en rase campagne et sous-bois, mêlant garrigue et forêt. La vue panoramique sur Bargème se dessine au loin, perché sur son piton rocheux, comme un joyau secret, ou un vautour guetteur.
La dernière ascension nous mène à l’entrée du village, que nous parcourons avec émerveillement. Ses ruelles pavées en pierres anciennes nous conduisent à l’église, remarquable avec ses chapelles Saint-Roch et Sainte-Marie, puis aux ruines du château médiéval, témoignage d’un passé riche. Chaque recoin dévoile une page d’histoire, chaque pierre semble raconter un conte. Ce village merveilleux, suspendu dans le temps, mérite bien une dernière pause au soleil de fin de matinée. Puis, le cœur léger, nous reprenons la route, riches de cette aventure et déjà prêts à rêver de la suivante.
Conclusion – Mont Lachens et Haut-Var : immersion entre nature, liberté et silence
Ce tour du Mont Lachens, malgré sa durée modeste, aura été une parenthèse puissante. On y aura tout trouvé : la solitude des sommets, la beauté crue des paysages, le frisson du vent, le vol des vautours en vigie silencieuse. On y aura aussi retrouvé cette liberté du bivouac, chère à nos aventures précédentes, avec ce même sens de l’autonomie, cette gestion précise de chaque ressource, surtout l’eau, précieuse et rare dans ces massifs calcaires.
Par bien des aspects, ce parcours nous a rappelé notre tour du Mont Ventoux. Même lumière sèche, même alternance de forêts denses et de crêtes pelées, mêmes sensations de traverser un territoire à la fois sauvage et méditerranéen. Ici, dans ce coin oublié du Var, on retrouve les airs du Luberon, mais avec une touche plus brute, plus secrète, comme si le Lachens était un Ventoux varois, à échelle plus intime (moins de cyclistes en maillot fluo, plus de vautours en mode VIP).
Deux jours d’effort et de beauté pure, de silences et d’élévation. Une immersion totale dans une nature indomptée. Et surtout, une confirmation : la vraie richesse, c’est le temps qu’on prend pour se perdre… et se retrouver.
Alors bien sûr, une question se pose déjà : à quand la prochaine sortie bivouac, et quel sera le prochain projet ?
❓ FAQ – Tout savoir avant de partir randonner autour du Mont Lachens
🥾 Quel est le niveau de difficulté de cette randonnée ?
La randonnée autour du Mont Lachens est de niveau intermédiaire. Elle combine des portions de sentiers balisés, des passages hors-piste et des dénivelés modérés à soutenus. Une bonne condition physique est conseillée, surtout en autonomie avec port du sac.
📏 Quelle est la distance totale ?
35 km à parcourir, de quoi bien étirer les jambes !
⬆️ Quel est le dénivelé positif ?
Environ 1 700 mètres de montée cumulée — prépare tes mollets !
💧 Y a-t-il des points d’eau potable sur le parcours ?
Non, il n’y a aucun point d’eau fiable entre La Bastide et le Mont Lachens. Pense à prévoir suffisamment d’eau ou à emporter un filtre ou des pastilles de purification si tu repères une source en chemin.
🌄 Peut-on accéder au sommet du Mont Lachens sans faire l’itinérance complète ?
Oui, il est possible d’atteindre le Mont Lachens en voiture jusqu’à un ancien parking proche du sommet (via La Roque-Esclapon), puis de marcher une quinzaine de minutes. Mais l’expérience perd une grande partie de sa richesse immersive.
🗺️ Les sentiers sont-ils bien balisés ?
Le balisage est présent sur les principaux itinéraires, mais plusieurs portions sont hors sentier ou peu marquées(notamment entre Petit Brouis et Grand Brouis). Il est fortement recommandé d’avoir une carte IGN et/ou une application GPS (type Visorando, AllTrails, Outdooractive…).
🦅 Peut-on observer des animaux sauvages dans la région ?
Oui ! Les crêtes du Mont Lachens sont un excellent point d’observation des vautours fauves, souvent visibles en vol plané. Tu pourras aussi croiser chevreuils, sangliers, et peut-être entendre les chouettes la nuit.
☀️ Quelle est la meilleure saison pour faire cette randonnée ?
Les mois d’avril à juin et septembre à octobre sont idéaux : températures modérées, flore en pleine forme et moins de randonneurs. Évite l’été, trop chaud et à risque incendie, surtout avec peu d’ombre.
🍽️ Y a-t-il des commerces ou restaurants en route ?
Tu trouveras un bar-restaurant à La Bastide (où une pause bière est recommandée !). Bargème propose aussi un bar. En dehors de ça, prévois ton autonomie alimentaire complète pour l’itinérance.
📍 Où se situent Bargème, La Bastide et le Mont Lachens ?
Le parcours débute dans le village médiéval de Bargème, situé à environ 35 km au nord-est de Draguignan.
L’ensemble du parcours se déroule dans un environnement naturel sauvage, entre garrigues, forêts et crêtes, loin de la côte et de ses foules.
📸 Voir les photos ?
Découvrez la beauté du parcours en images dans notre galerie photo ici ! 🌄
